La phrase dans l’écrit littéraire et la médiation des savoirs linguistiques

Colloque international

« LA PHRASE DANS L’ÉCRIT LITTÉRAIRE ET LA MÉDIATION DES SAVOIRS LINGUISTIQUES »

28 et 29 mai 2026

Centre d’Histoire Culturelle des Sociétés Contemporaines (CHCSC EA2448)

Université Paris-Saclay (Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines)
5 Bd d’Alembert
78280 Guyancourt

Salle des thèses

6e colloque de l’Association Internationale de Stylistique (A.I.S.)

Porteuse du projet : Sophie Jollin-Bertocchi

PROGRAMME

J1 JEUDI 28 MAI

9h Accueil

9h30 Allocutions de bienvenue

11h Pause

Les savoirs scolaires en question : Modératrice Judith WULF

11h10 Claire STOLZ (Sorbonne Université) « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs »

11h40 Kyriakos FORAKIS (Université nationale et capodistrienne d’Athènes), « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

12h10 Hélène LE LEVIER (Université de Strasbourg), « Enseignement de la langue et enseignement de la littérature »

Discussion

13h-14h30 DÉJEUNER

15h30 Pause

SESSIONS PARALLÈLES

1. Stylistique outillée et transdisciplinaire : Modératrice Bérengère MORICHEAU-AIRAUD

15h40 Julie SORBA (Université de Grenoble) & Olivier KRAIF (Université de Grenoble), « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »                                                         

16h10 Pascale ROUX (Université Lyon 2) & Ilaria VIDOTTO (Sapienza Université de Rome), « Les IA ont-elles un style ? »                                                     

16h40 Marie-Albane WATINE (Université Côte d’Azur), « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

Discussion

2. Le tournant moderne de la conception de la phrase littéraire : Modératrice Laélia VÉRON

15h40 Carlotta CONTRINI (Université de Sienne), « La phrase du discours indirect libre : genèse et représentation de Flaubert à Zola »

16h10 Emmanuelle KAËS (Université de Tours), « « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

Discussion

17h30 Pause

17h45-19h15 : AG de l’AIS

J2 VENDREDI 29 MAI

9h Accueil

10h30 Pause

SESSIONS PARALLÈLES

1. Prose contemporaine : Modératrice Claire STOLZ                                                                                       

10h40 Stéphane CHAUDIER et Clémence ROSE (Université de Lille), « « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? » 

11h10 Bérengère MORICHEAU-AIRAUD (Université de Pau), « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »           

11h40 Sandrine VAUDREY-LUIGI (Université Bourgogne Europe) « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

12h10 Chama ELAZOUZI (Université de Fès), « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

Discussion

2. Poésie contemporaine : Modérateur Jérôme HENNEBERT

10h40 Stéphanie THONNERIEUX (Université Lyon 2), « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

11h10 Sandrine BÉDOURET (Université de Pau), « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

11h40 Mathilde LE CAM (Toulouse), « La phrase de René Char »

Discussion

13h-14h30 PAUSE DÉJEUNER

SESSIONS PARALLÈLES

1. Approches plurielles : traduction, sémiologie, syntaxe : Modérateur Joël JULY                                  

14h30 Meri LARJAVAARA (Université d’Abo Akademi, Finlande), « Phrases du Nord »

15h Ioanna KOUKI (Universités de Perpignan et Toulouse) & Eugénie JOUSLIN (Université Paris Cité), « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

15h30 Yijin CHOI (Université Sorbonne Nouvelle), « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot chose dans l’écrit littéraire contemporain »

Discussion

2. Stylistiques d’auteurs : Modérateur Joël JULY

14h30 Anne GARRIC (Sorbonne Université), « L’apodose ambiguë : programmation phrastique, système hypothétique et symétrie de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

15h Samia GADHOUMI (Université de Sfax), « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains (Perros, Cioran) »

15h30 Hoai Anh TRAN (Université nationale de Hanoi), « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

Discussion

APPEL À COMMUNICATIONS

L’appel à communications est publié sur cette page.

RÉSUMÉS

Sandrine BÉDOURET : « De la phrase au discours : quelle construction sans ponctuation ? »

Nous proposons de réfléchir à l’enjeu de la phrase dans un ensemble de poèmes exposés à l’aéroport de Toulouse-Blagnac du 08 octobre 2021 au 30 octobre 2023. « Histoire d’un départ » de l’artiste Joël Andrianomearisoa se présente sous la forme d’une série de tableaux écrits blanc sur noir. Un préambule présente le projet et défie les définitions traditionnelles de la phrase :

Un voyage, le voyage, des voyages.
Des écriteaux sur le fil, le fil des mots, traversant les espaces et les frontières imaginaires.
Un mot défie l’autre, une phrase se confronte avec l’action.
La situation est un récit qui file dans un temps aujourd’hui.

La phrase n’est pas considérée comme une succession de signes construite autour d’un prédicat verbal. Si elle est encore identifiable ici par la ponctuation, son unité disparait dans l’ensemble des tableaux exposés. En effet, les textes d’Andrianomearisoa sont très courts : discours et phrase se confondent souvent, là où le poète cherche son phrasé. Ainsi, nous réfléchirons aux enjeux de la phrase par rapport à la ligne et par rapport au discours pour montrer que la mise en forme de ces énoncés remet en cause la construction d’un sens unique. Cette pluralité d’interprétations constitue un enjeu de la poéticité contemporaine.

Bibliographie

  • BENVENISTE, Émile, Problèmes de linguistique générale, Gallimard, tel, 1966.
  • CHOL, Isabelle, « Un point ce n’est pas tout. La ponctuation dans la poésie contemporaine ». Cahiers de l’association internationale des lettres françaises n°69, mai 2017. https://www.academia.edu/37692180/Un_point_ce_nest_pas_tout_La_ponctuation_dans_la_po%C3%A9sie_contemporaine , Consulté le 05/06/2023.
  • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 (S. Bikialo, dir.), 1997.
  • DÜRRENMATT, Jacques, « Que fait le blanc ? ». Isabelle Chol, Bénédicte Mathios et Serge Linarès, éd. Livres de poésie jeux d’espace. Paris : Honoré Champion, 2016, 459-470.
  • FAVRIAUD, Michel, « Quelques éléments d’une théorie de la ponctuation blanche ˗ par la poésie contemporaine ». L’Information Grammaticale 102, no 1, 2004 : 18‑23. https://doi.org/10.3406/igram.2004.2559.
  • SEGUIN, Jean-Pierre, L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Bibliothèque de l’Information grammaticale, Paris, Éditions Peeters, 1993.

Stéphane CHAUDIER & Clémence ROSE : « Ponctuations atypiques dans Pour Britney de Louise Chennevière (2024) : une autre représentation de la phrase littéraire ? »

Dans Pour Britney, Louise Chennevière, partagée entre exaspération et ironie, met en scène des critiques littéraires : les « quatre types », et « cette jeune femme la seule invitée au milieu » d’eux, sont d’accord pour dire que l’écrivaine passe la mesure dans sa dénonciation du patriarcat, « eux qui ne s’écharpaient que sur un point, sur l’usage que je faisais des virgules1 ». Quand on perd de vue l’essentiel, on pinaille sur des questions de pure forme. Mais est-il de pure forme, cet « usage » que l’autrice fait non seulement des virgules, mais aussi des points, les deux signes privilégiés pour manifester un rapport à la ponctuation ostentatoirement contraire aux normes rédactionnelles en vigueur ?
La communication mettra en évidence les deux « fonctions » majeures portées par l’usage de la virgule et du point dans Pour Britney2 : 1/ désolidariser des éléments réputés soudés : la virgule « sépare » le présentatif ou la préposition de son régime ou disjoint deux formes verbales, périphrase ou temps composé ; le point après le coordonnant isole le second élément coordonné, rejeté dans une phrase suivante). 2/ signaler des ellipses remarquables. Soit :

(5) Ex. 1 : c’était un personnage fait par et pour, l’imaginaire des vieux messieurs (p. 52).

(6) Ex. 2 et 2’ : Je ne crois pas qu’une seule phrase vaille la peine qui. (p 10) ; « […] mais des morceaux d’elle-même que je m’efforce aujourd’hui de. » (p. 11)

Tic, procédé gratuit ? Ornement transgressif « facile » et un peu toc pour afficher une signature, créer un effet de « contemporanéité » ? Nullement. Le « point » de cette étude sera au contraire le suivant : en proposant une représentation atypique des articulations entre ponctuation et syntaxe, l’autrice veut montrer ce que l’expérience de la domination masculine fait à la pratique de la langue littéraire ; en s’interrogeant sur les conditions de possibilité d’un tel stylème (ponctuation atypique ou « para-grammaticale ») à la fois intégré à la langue mais la gauchissant, le lecteur ou la lectrice un tant soit peu féru-e de grammaire et stylistique ne peut que s’interroger sur les conditions politiques qui rendent significative la manifestation de telles articulations propres au discours écrit – et littéraire.

Yiyin CHOI : « De la phrase à la période discursive : les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain »

Cette communication examine les unités résomptives comprenant le mot « chose » dans l’écrit littéraire contemporain. Le discours se compose d’unités et sa segmentation repose sur trois paramètres : syntaxique, prosodique et informationnel / pragmatique. Nous distinguons deux types d’unités syntaxiques : l’unité prédicative autonome et l’unité prédicative résomptive illustrée en (1) par « il y a autre chose » :

(1) Faites ce que vous pouvez. Mais il y a encore autre chose : je ne sais absolument pas si nous restons ici ou si nous partons dans quatre jours. (Sartre)

Selon Lefeuvre (2025), une unité prédicative autonome est constituée d’un prédicat et assortie d’une modalité d’énonciation (assertion, interrogation, injonction, exclamation). Par ailleurs, une unité prédicative résomptive présente une autonomie syntaxique affaiblie et s’associe à une unité pleinement autonome. Cette dépendance, syntaxique et sémantique, conduit à envisager une unité supérieure participant à la constitution du discours : la « période discursive ».
Notre objectif est de vérifier si les unités résomptives incluant le mot chose forment, avec une unité prédicative autonome, une période discursive. L’analyse s’appuiera sur un corpus littéraire issu de Frantext contemporain (œuvres de 1980 à aujourd’hui) et visera à décrire le fonctionnement de ces unités du point de vue de leurs contraintes syntaxiques et de leurs rôles discursifs.
Lefeuvre F. (2025). Les unités prédicatives autonomes averbales. De Gruyter.

Carlotta CONTRINI : “La phrase du discours indirect libre: genèse et représentation de Flaubert à Zola”

Cette communication se propose d’interroger le défi syntaxique que soulève le discours indirect libre (désormais DIL), en examinant la capacité d’une phrase à soutenir simultanément plusieurs instances énonciatives. Prenant appui sur les définitions grammaticales traditionnelles, l’étude adopte une perspective génétique fondée sur l’examen des manuscrits de Madame Bovary de Flaubert et de L’Assommoir de Zola. Par l’analyse des gestes scripturaux – hésitations, pratiques de ponctuation, brouillage des frontières phrastiques –, il s’agit de montrer que la phrase constitue un véritable laboratoire stylistique de la polyphonie. La démarche confronte la poétique du continuum flaubertien à la logique de démarcation propre à Zola, afin d’évaluer dans quelle mesure ces pratiques d’écriture anticipent, mais aussi résistent ou font concurrence aux codifications grammaticales ultérieurement formalisées par Charles Bally.

Bibliographie

  • AUTHIER-REVUZ Jacqueline (2020), La Représentation du discours autre : principes pour une description, Berlin, De Gruyter, Linguistique française.
  • BALLY Charles (1912), « Le style indirect libre en français moderne », dans Germanisch-Romanische Monatsschrift, IV/10, p. 549-556 et IV/11, p. 597-606.
  • BARTHES Roland, (2002) « Flaubert et la phrase » [1972], Œuvres complètes, Éric Marty (éd.), t. IV, Seuil, Paris, p. 78-85.
  • BRUNET Étienne (2016), « La phrase de Zola », Questions linguistiques, B. Pincemin (éd.), Paris, Champion, p. 3I-3I.22.
  • DORD-CROUSLE Stéphanie (2025), « À l’interface du manuscrit et de l’imprimé : Flaubert et ses copistes », Genesis, 61, p. 139-150.
  • DUCROT Oswald (1984), Le Dire et le dit, Paris, Les Éditions de Minuit.
  • GOLLUT Jean-Daniel & ZUFFEREY Joël (2022), « Syntaxe et énonciation : l’insertion du discours indirect libre dans la phrase », dans Zufferey J. et Mettraux Th. (dirs), La Dis/continuité textuelle, Fabula/Les colloques (disponible en ligne).
  • JAUBERT Anna (2023), La stylisation du discours, Paris, Classiques Garnier, coll. Investigations stylistiques.
  • LE GOFFIC Pierre (2019), Grammaire de la subordination en français, Paris, Ophrys.
  • MAHRER Rudolf (2017), «La plume après le plomb», Genesis, 44, p. 17-38.
  • MAINGUENEAU Dominique (1999), Syntaxe du français, Paris, Hachette.
  • MAINGUENEAU Dominique (2010), Manuel de linguistique pour les textes littéraires, Paris, Armand Colin.
  • MELLET Sylvie & VUILLAUME Marcel (dirs), 2000, Le style indirect libre et ses contextes, Cahiers Chronos, V, Amsterdam, Rodopi.
  • PHILIPPE Gilles (2002), Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard.
  • PHILIPPE Gilles & PIAT Julien (2009), La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard.
  • PROUST Marcel (1993), « À propos du “style” de Flaubert », La Nouvelle Revue Française, 1er janvier 1920, repris dans Journées de lecture, « Domaine Français », « 10/18 », UGE, p. 114-131.
  • RIEGEL Martin, PELLAT Jean-Christophe & RENE Rioul (2018), Grammaire méthodique du français, éd. 7, Paris, Presses Universitaires de France.
  • SPITZER Leo (1931), Études sur le style. Analyses de textes littéraires français (1918-1931), trad. par J.-J. Briu, Paris, Ophrys, Bibliothèque de Faits de Langues, 1970.
  • WEINRICH Harald (1989), Grammaire textuelle du français, Paris, Didier/Hatier.
  • WILMET Marc (1998), Grammaire critique du français, Bruxelles, Duculot.

Chama ELAZOUZI : « Les dynamiques phrastiques chez Maylis de Kerangal : entre imaginaire linguistique, modèles scolaires et expérimentations syntaxiques »

Cette communication propose d’étudier la phrase dans Réparer les vivants et Un monde à portée de main de Maylis de Kerangal comme espace de médiation entre héritages grammaticaux, imaginaires linguistiques et expérimentations stylistiques contemporaines. L’analyse articule une approche externe ; fondée sur les discours de l’autrice, où la phrase est pensée comme souffle, mouvement et architecture, et une approche interne centrée sur les patrons phrastiques caractéristiques : expansions, coordinations à large portée, effets de périodicité et continuité syntaxique. Il s’agira de montrer comment l’écriture de Kerangal réactive des modèles stabilisés par l’école et par la tradition grammaticale tout en les déplaçant vers une esthétique fluide et cinétique, révélatrice de sensibilités phrastiques contemporaines. Cette étude vise à éclairer la circulation des savoirs linguistiques dans la création littéraire et à interroger la cohérence entre représentations théoriques et usages scripturaux. (Kerangal, 2014 ; Kerangal, 2018 ; Siouffi, 2020).

Kyriakos FORAKIS : « Théorie de la phrase et corpus littéraire dans la grammaire scolaire du XIXe siècle : l’exemple de Noël et Chapsal (1823) »

Les grammaires (et ouvrages apparentés) dites « des grands écrivains » — ainsi le célèbre Cours théorique et pratique de langue française de Lemare (différentes rééditions de 1807 à 1835) —, qui se multiplient vers le milieu du XIXe siècle (Tritter, 1999 : 236-237), se réclament de ceux-ci dans une tentative pour se démarquer de la grammaire philosophique du siècle précédent, « inventeur » du concept de phrase (Siouffi, 2020 : 185-189 ; Seguin, 1993 : 12-14). Outre la Grammaire nationale des frères Bescherelle (1834), qui en fait partie tout en remportant un énorme succès, se signalent d’autres ouvrages comme celui, innovateur (Chevrel, 1977 : 99), de Noël et Chapsal (1823). Une description d’ordre tout à la fois directif et concis s’y assortit, quoique non assidûment, d’exemples tirés des grands écrivains, surtout des XVIIe et XVIIIe siècles : si, en effet, l’exemple fabriqué l’emporte dans cet ouvrage pour des raisons très vraisemblablement pédagogiques, l’exemple authentique, quasi exclusivement littéraire, n’en est pas moins appelé à illustrer diverses subtilités dans l’analyse.
Après avoir passé en revue le traitement réservé par Noël et Chapsal à la phrase et, notamment, le degré de conformation de celui-ci aux enseignements de la grammaire du XVIIIe siècle qui en a inauguré la conceptualisation, la présente proposition tentera d’élucider la constitution du corpus littéraire mis au service de la description. Quels faits grammaticaux ou rhétoriques sont-ils illustrés d’exemples littéraires ? À quels auteurs ont-ils été empruntés ? Qu’en est-il de l’éventuel commentaire dont ils font l’objet ?

Références bibliographiques :

  • Bescherelle aîné, Bescherelle jeune et Litais de Gaux, 1834, Grammaire nationale ou Grammaire de Voltaire, de Racine […], Paris, s.é.
  • Chevrel A., 1977, …et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot.
  • Lemare A., 1807, Cours théorique et pratique de langue française, Paris, s.é.
  • Noël F.-J.-M. et Chapsal Ch.-P., 1854 [1823], Nouvelle grammaire française […], 46e éd., Paris, s.é.
  • Saint-Gérand, Jacques-Philippe, in Corpus de textes linguistiques fondamentaux.
  • Seguin J.-P., 1993, L’Invention de la phrase au XVIIIe siècle. Contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Louvain/Paris, Peeters, (Bibliothèque de l’Information grammaticale).
  • Siouffi G. (dir.), 2020, Histoire de la phrase française, des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Arles, Actes Sud / [Paris], Imprimerie Nationale Éditions.
  • Tritter J.-L., 1999, Histoire de la langue française, Paris, Ellipses, (Universités : Lettres).

Samia GADHOUMI : « La phrase au prisme des boucles réflexives dans les correspondances entre écrivains : Perros, Cioran »

Nous interrogerons dans notre communication les spécificités de la phrase dans le discours épistolaire en train de se faire, dans les lettres de Georges Perros, poète-noteur, et Cioran écrivain négateur et « penseur privé », dont le style lacunaire, fragmentaire et minimaliste demeure le dénominateur commun. Notre étude sert à dégager, à partir d’une analyse stylistique et génétique, en quoi la pratique de la modalisation autonymique, les techniques de relance et de l’hyperbate, décrivent l’élaboration du « moment grammatical » dans toutes ses réalisations et ses limites dans un discours intime et réflexif à la fois. Nous viserons à montrer que la phrase dans la lettre, conçue comme une zone liminale et marginale, chez l’auteur de Papiers Collés et celui du Précis de décomposition, représente un laboratoire d’expérimentation linguistique et réflexive du sujet épistolier et un lieu où s’élaborent et s’exposent avec acuité le style, la pensée critique et l’identité littéraire en cours d’élaboration de ces écrivains épistoliers.

Références Bibliographiques :

  • AUTHIER-Revuz, Jacqueline, Ces mots qui ne vont pas de soi. Boucles réflexives et non-coïncidences du dire, Larousse, Paris, 1995.
  • AUTHIER-REVUZ, Jacqueline, « Hétérogénéité montrée et hétérogénéité constitutive : éléments pour une approche de l’autre dans le discours », DRLAV, n° 26, 1982, p. 91-151.
  • CIORAN, Manie épistolaire, Lettres choisies 1930-1991, Editions établies par Nicolas Cavaillès, Gallimard, 2024.
  • DESSONS, Gérard, « La phrase comme phrasé », La Licorne [En ligne], n° 42 Stéphane, Bikialo, (dir), 1997.
  • FONTVIEILLE, Agnés, « linéament d’écriture : les ratures dans la correspondance de peu-lettrés durant la Grande Guerre », Congrès Mondial de Linguistique Française CMLF 2020.
  • GOUX, Jean-Paul, La Fabrique du continu, Seyssel, Champ Vallon, 1999.
  • PERROS, Georges, PAULHAN , Jean, Correspondance 1953-1967, Avant-courrier de Roger Judrin ; dessins de Jean Bazaine, Quimper, Calligrammes, 1982.
  • PERROS, Georges, PARAIN, Brice, Correspondance 1960-1971. Éditée avec un avant-propos, des notes et un index par Pierre et Yaël Pachet, Gallimard, Paris, 1999.
  • PHILIPPE, Gilles, PIAT, Julien, La langue littéraire. Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon. Paris, Fayard, 2009.
  • PIAT, Julien, L’expérimentation syntaxique dans l’écriture du Nouveau Roman, Paris, Honoré Champion, 2011.
  • ROSOFF, Sonia, DOQUET, Claire, LEFEBVRE, Julie, OPPERMANN-MARSEAUX, Evelyne, PETILLON-BOUCHERON, Sabine, L’hétérogène à l’œuvre dans la langue et les discours, Hommage à Jacqueline Authier-Revuz, textes réunis par, Lambert-Lucas, Limoges, 2012.
  • STEUCKARDT, Agnès, NIKLAS-SALMINEN, Aïno (dir.), Les marqueurs de Glose, PU de Provence, Aix-Marseille, 2005.
  • OBITZ-LUMBROZO, Bénédicte, VITA, Philippe De (dir.), (Re) lire les correspondances, Classiques Garnier, Rencontres n°669, 2025.

Anne GARRIC : « L’apodose ambiguë : surcharge hypothétique, imprévisibilité phrastique et résonances de la phrase latine dans ‘Le Triangle ambigu’ d’André Pieyre de Mandiargues »

En tant qu’unité prédicative, la phrase française instaure une prévisibilité cognitive grâce à sa programmation. La phrase de Mandiargues quant à elle, « révèle [souvent] une dialectique entre énergie et inertie, attente et report3 ».
L’écriture du « Triangle ambigu » (1968) présente en effet une dynamique de frustration du texte, au service d’un processus de contrefiction expérimentale : une longue succession de phrases conjuguées au conditionnel présent instaure un trouble interprétatif, entre un sens temporel d’ultérieur du passé et une valeur modale d’hypothèse, dans un système phrastique bancal. Dès les premières lignes in medias res, étendues sur près de la moitié du récit, cette économie narrative ambiguë est marquée par la surcharge d’hypothèse propre au conditionnel, couplée à des faits de mise en attente et de surcharge mémorielle4 dans la programmation phrastique, où se dérobe la prévision syntaxique et sémantique.
Terrain privilégié d’une exploration de l’ambiguïté des usages du conditionnel, de sa polysémie et de ses effets de sens, la phrase mandiarguienne présente enfin quelques résonances avec un état ancien de l’expression de la virtualité telle qu’on la trouve dans la phrase conditionnelle latine.

Emmanuelle KAËS : « Défendre sa phrase : Claudel et les discours scientifiques sur la langue »

Entre 1920 et 1930, en plein « moment grammatical5 », Claudel fait face à des attaques virulentes dirigées contre son style et particulièrement contre sa phrase, qualifiée d’« obscure », « anarchique », « incontinente ». Elles proviennent principalement du camp qui domine la vie intellectuelle de l’entre-deux-guerres : L’Action Française. Contrairement à Queneau ou à Valéry, le recours de Claudel aux savoirs linguistiques va s’inscrire dans un dispositif polémique : il s’agit pour lui de riposter et de se défendre. Dans le péritexte (entretiens, lettres et préfaces) mais aussi dans la trame même de son œuvre, il engage un discours épilinguistique sur la langue, dont nous analyserons les réflexions sur la phrase. Nous souhaiterions, d’une part, mettre en lumière la convergence entre les positions de l’écrivain sur la phrase et certaines options de la linguistique des années vingt, qui se rapproche alors de la psychologie : promotion de l’oral contre le « fétichisme » de l’écrit, approche fonctionnaliste de la faute, primat de l’expressivité (pour Claudel, « la sensibilité a d’autres lois que l’intelligence […], ses nécessités d’expression sont différentes, et par suite sa manière de charger la phrase »). Rappelons qu’en mai 1927, Claudel échange au sujet de la phrase avec Marcel Jousse, élève d’Antoine Meillet ; en 1930, dans « Sur la grammaire », il place son propos sous le patronage des « philologues les plus distingués de la Sorbonne, MM. Ferdinand Brunot, Meillet et Vendryes » et définit la phrase comme « une espèce de geste linguistique, qui se prête à l’analyse, mais ne se laisse pas enfermer dans des cadres artificiels » (id.). Il s’agira, d’autre part, de montrer comment le poète duplique dans le domaine de la langue l’antagonisme qui l’oppose à ses détracteurs dans le champ littéraire. Les critiques qui opposent à sa phrase, prétendument ni française ni classique, « l’intelligence », « l’ordre » et la rationalité de la phrase classique trouvent leurs répondants dans ceux que le poète désigne comme « les gens d’en face » : Lancelot et ses « lansquenets », promoteurs dans la Grammaire de Port-Royal d’un modèle de phrase logique et rationaliste.

Bibliographie

  • Paul Claudel, « Sur la grammaire », Les Nouvelles littéraires, 3 mai 1930, Œuvres complètes, vol. XVIII, Gallimard, 1961, pp. 274-281.
  • Paul Claudel, « Réflexions et propositions sur le vers français », NRF, 1925.
  • Pierre Lasserre, Les Chapelles Littéraires, Garnier, 1920.
  • Marcel Jousse, Études de psychologie linguistique. Le style oral rythmique et mnémotechnique chez les verbo-moteurs, Beauchesne, 1925.
  • Jérôme Meizoz, L’Âge du roman parlant (1919-1939). Écrivains, critiques, linguistes et pédagogues en débat, préface de Pierre Bourdieu, Genève, Droz, 2001
  • Anamaria Curea, « L’expressivité linguistique, un objet problématique dans la théorie de Charles Bally ». Entre expression et expressivité : l’école linguistique de Genève de 1900 à 1940, ENS Éditions, 2015
  • Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française (1890-1940), Paris, Gallimard, 2002.
  • Antoine Gautier, « La notion de phrase en grammaire », L’Information grammaticale, n°150, 2016.
  • Pierre-Yves Testenoire, « Les recherches sur la poésie orale autour d’Antoine Meillet : Jean Paulhan, Marcel Jousse, Milman Parry », Histoire Épistémologie Langage, 44-2, 2023.

Ioanna KOUKI et et Eugénie JOUSLIN : « La phrase lesbienne et sa matérialité graphique : de la rupture de Monique Wittig aux réinventions contemporaines de Léna Ghar »

Cette communication analyse la manière dont certaines écritures de thématique lesbienne, L’Opoponax (1964) et Le Corps lesbien (1973) de Monique Wittig, Tumeur ou tutu (2023) de Léna Ghar, transforment la phrase en espace de rupture syntaxique et typographique. Dans L’Opoponax, l’apparente continuité phrastique masque une mise en crise du modèle classique : virgules absentes, respiration haletante, subjectivité neutralisée. Le Corps lesbien radicalise cette déconstruction : phrases en capitales, temporalités éclatées, segments repris plusieurs pages plus loin. La phrase devient unité corporelle, performative, selon l’idée d’une « écriture du corps »6 et d’une résistance aux structures hétéronormées de la grammaire7.
Ghar reprend et déplace ces innovations : capitalisation, absentéismes typographiques, énumérations et présentatifs syncopés. Cette continuité relève d’une véritable ligne lesbienne8, où la transformation de la phrase agit comme une émancipation du langage.
On montrera ainsi que, des années 60 à aujourd’hui, la phrase, dans sa structure comme dans sa matérialité, constitue un lieu de transmission et de transformation au sein des écritures de thématique lesbienne.

Olivier KRAIF & Julie SORBA : « Étude diachronique et générique de la longueur des phrases et de ses corrélations dans un corpus romanesque »

Nous proposons dans cette communication d’étudier, d’un point de vue quantitatif et qualitatif, la question de la longueur de la phrase dans deux corpus romanesques : le corpus diachrorom, d’une part, regroupant 2500 romans français publiés entre 1820 et 2016 ; le corpus phraseorom d’autre part, constitué de 1123 romans contemporains (pour la période 1950-2016) répartis entre 6 sous-genres romanesques (littérature générale, policier, sentimental, historique, fantaisie, science-fiction, voir Diwersy et al. 2021).
Sur la plan quantitatif, nous partons d’une définition opératoire et formelle de la phrase, entendue comme séquence délimitée par une ponctuation forte (point, point d’exclamation, point d’interrogation, points de suspensions) suivie par un espace et un mot en majuscule, ou suivie par une marque de paragraphe. Après une présentation détaillée des corpus et des traitements effectués pour leur intégration dans l’outil Lexicoscope (Kraif 2019), nous étudierons comment la longueur des phrases prise globalement a évolué temporellement, à travers 20 décades s’échelonnant de 1820-30 à 2010-20. Nous examinerons les variations entre auteurs, et nous chercherons notamment à corréler ces variations avec d’autres indicateurs textométriques (fréquence de certaines parties du discours ou relations de dépendance, densité lexicale, type / token ratio). Pour affiner notre approche, nous prendrons soin d’isoler les phrases n’appartenant pas au discours direct, le Lexicoscope permettant d’identifier automatiquement les passages dialogués. Nous montrerons qu’une telle approche est indispensable pour étudier les longueurs de phrase de manière fine. Par ailleurs nous examinerons les différences entre les 6 sous-genres littéraires, et nous montrerons par des tests statistiques que les variations observées sont significatives et chercherons à expliquer ces observations par des hypothèses d’ordre stylistique.
Sur le plan qualitatif, nous proposons d’apporter un éclairage sur l’emploi de la lexie phrase dans le corpus et son évolution, notamment dans le cadre de sa combinatoire lexico-syntaxique en lien avec le marquage de la longueur. Le profil combinatoire indique la présence de plusieurs collocatifs significatifs répondant à cette définition : les adjectifs petit, bref, court, long, grand apportent un premier éclairage tandis que les verbes couper et interrompre manifestent une action sur la longueur de la phrase dans une interaction verbale.

  • Diwersy S., Gonon L., Goossens V., Kraif O., Novakova I., Sorba J. & Vidotto I. (2021). La phraséologie du roman contemporain dans les corpus et les applications de la PhraseoBase. Corpus, vol.22 https://doi.org/10.4000/corpus.6101
  • Kraif O. (2019). Explorer la combinatoire lexico-syntaxique des mots et expressions avec le Lexicoscope. Langue française, 203 : 67-83.

Meri LARJAVAARA : « Phrases du Nord »

La phrase traduite en français appartient désormais au français littéraire. Comme toute phrase, elle peut être stylistiquement marquée, tout en conservant des traces de la langue source. Professionnel du langage, expert du style et spécialiste des deux langues, le traducteur fait ses choix au moment de la médiation.
Rosa Liksom est une auteure finlandaise reconnue pour son écriture crue, brute et laconique. Ses nouvelles de jeunesse ont été traduites en 1990 dans le recueil Noirs paradis (trad. Anne Papart), et sa traduction la plus récente date de 2025 (Le fleuve, trad. Anne Colin du Terrail) : selon Le Monde (02.11.2025), l’histoire y est « racontée sombrement, sans emphase ».
Dans la version originale, le langage s’écarte souvent du finnois standard, et la phrase de Liksom est orale. Dans les deux traductions mais surtout dans la première, la phrase littéraire adopte une forme singulière. Les phrases se ressemblent, la même structure syntaxique se répète, la subordination et les marques interphrastiques restent rares (cf. lettres des tranchées, Siouffi 2020 : 279). Traduite en français, la phrase orale de Liksom semble se muer en « phrase brève » littéraire (Philippe & Piat 2009 : 194-203).
Comment, en passant d’une langue à l’autre, la phrase change-t-elle ? Où tracer la limite entre oral et littéraire lorsque les conventions de l’écrit sont délibérément transgressées ? En quoi cela met-il en question la médiation du traducteur ?

Corpus

  • Liksom, Rosa 1989 : Tyhjän tien paratiisit, WSOY, Juva.
  • Liksom, Rosa 1990 : Noirs paradis, La Découverte, Paris. Traduction en français par Anne Papart.
  • Liksom, Rosa 2021 : Väylä, Like Kustannus, Helsinki.
  • Liksom, Rosa 2025 : Le fleuve, Gallimard, Paris. Traduction en français par Anne Colin du Terrail.

Bibliographie

  • Philippe, Gilles et Piat, Julien (dir.) 2009 : La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon, Fayard, Paris.
  • Siouffi, Gilles (dir.) 2020 : Une histoire de la phrase française des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Actes Sud, Arles.

Mathilde LE CAM : « La phrase de René Char »

Le XXe siècle, parachève le phénomène de disparition de la période9 au profit de la phrase. Les auteurs l’explorent entre expansion et réduction. Char, héritier du surréalisme10 , entre dans cette lignée d’auteurs qui accordent ainsi une place plus importante à la phrase ou au mot11 . Depuis le Marteau sans maître jusqu’aux Matinaux, la phrase de Char évolue. Ses poèmes sont de plus en plus ponctués. Cette modification de la manière de faire phrase pour Char, visible dans ses brouillons, acte son émancipation du surréalisme et continue d’évoluer dans un corpus postérieur jusqu’à son dernier recueil Eloge d’une soupçonnée.
La phrase est le lieu, pour Char, où les mots doivent s’équilibrer. La prose et le vers, que le poète manie de manière versatile12 , sont un laboratoire de la phrase qui permet d’accueillir le mot juste13 . La phrase crée une musique particulière qui donne le la au poème. Pour Blanchot, « les “phrases” de René Char, îles de sens, sont, plutôt que coordonnées, posées les unes à côté des autres »14. Si René Char, contrairement à certains de ses contemporains, n’élabore pas à proprement parler une représentation de la phrase dans ses écrits, que pouvons-nous observer de son rapport à la phrase dans la genèse de ses poèmes, ses brouillons, et, de façon indirecte, à travers les quelques segments métalittéraires et métalinguistiques disséminés dans son œuvre ? Cette communication propose une analyse de la phrase charienne en prenant pour appui un échantillon issu des Matinaux ainsi qu’une étude du brouillon « Qu’il Vive ! » et cherchera à voir comment l’architecture de la phrase, forte de tous les éléments qui la constituent, amène le poète à se détacher de la phrase scolaire, telle qu’elle est enseignée au début du XXe siècle. Le travail de la page et de la phrase serait ainsi au service d’une prosodie particulière notamment en usant de procédés de détachement qui chercheraient ainsi à étonner le lecteur.

Hélène LE LEVIER : « La phrase complexe au lycée en France : un outil pour développer les compétences de lecture interprétative des textes littéraires ? »

La grammaire scolaire est traditionnellement en France une grammaire de phrase. Pour Chervel (1977), elle s’est en effet construite pour rendre enseignable des règles d’accord qui se négocient à l’intérieur de la phrase. Combettes (2016) souligne que, malgré l’intégration de certaines notions relevant de la grammaire de texte ou de discours, la grammaire de phrase reste prédominante dans les programmes scolaires françaises. Un examen rapide de la Grammaire du français, Terminologie grammaticale (MEN, 2020a) suffit d’ailleurs à le montrer puisque sa structure part de la phrase pour aller vers le lexique en passant par les notions de fonction et de nature des mots. On peut ainsi s’interroger sur les finalités attribuées par le système scolaire français à cette étude de la phrase. Nous avons montré dans une précédente étude que le réinvestissement des notions liées aux propositions subordonnées étudiées en cycle 4 se faisait très majoritairement à travers des activités d’expression (Le Levier et Vassiliadou, 2025). De manière cohérente avec ce constat, un rapide examen des programmes actuels de lycée (MEN, 2020b) permet de se rendre compte que la réintroduction de contenus explicites en grammaire depuis la dernière réforme des programmes a pour principale finalité le développement de compétences d’expression, dans une logique qui assimile connaissances grammaticales et maitrise d’une norme linguistique standard. Néanmoins, ces programmes mentionnent à plusieurs reprises l’intérêt d’investir ces notions dans le travail de la « compréhension » (p. 3), voire de l’« interprétation » (p. 4) des textes, dans un contexte qui donne une place centrale à l’enseignement de la littérature. Or la phrase demeure dans ces programmes de lycée le cadre principal du travail grammatical, en particulier la phrase complexe à laquelle renvoient explicitement trois des points listés par le programme (sur huit en tout). Nous proposons donc d’analyser comment un certain nombre de ressources exploitables par les enseignants (en particulier les ressources d’accompagnement des programmes proposées par l’Éducation nationale, ainsi que des manuels et des éditions scolaires de textes au programme du baccalauréat) exploitent le traitement de la phrase complexe et des questions qui lui sont liées. On se demandera en particulier si les descriptions linguistiques et activités proposées outillent les enseignants pour établir des liens entre connaissances grammaticales et travail de compréhension et d’interprétation des textes. On s’interrogera notamment sur le rôle que peut avoir à cet égard la préparation à la question de grammaire de l’oral du baccalauréat.

  • Chervel, A. (1977). Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits Français histoire de la grammaire scolaire. Payot.
  • Combettes, B. (2016). La « grammaire de phrase » dans les textes officiels depuis le Plan de rénovation. Pratiques, (169 170). https://doi.org/10.4000/pratiques.3082
  • Le Levier, H. et Vassiliadou, H. (2025) La notion de subordination dans les textes institutionnels et les manuels scolaires français de la fin du primaire à la fin du secondaire. D. Van Dan Raemdonck; A. Gautier. Retour sur la grammaire scolaire : discours et progression curriculaire, Peter Lang, pp.161-175.
  • Ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse (2020a), Grammaire du français. Terminologie grammaticale. https://eduscol.education.fr/document/1872/download
  • Ministère de l’Éducation nationale (2020b). BOEN spécial n° 1 du 22 janvier 2019 et le JORF du 8 octobre 2020. https://eduscol.education.fr/document/5792/download

Bérengère MORICHEAU-AIRAUD : « Phrase et mémoire dans les textes d’Annie Ernaux, de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon »

Annie Ernaux ouvre son discours de réception du prix Nobel en liant la question du commencement de l’écriture à la nécessité de trouver la phrase, « la seule, qui [lui] permettra d’entrer dans l’écriture du livre15 » – pour elle, « J’écrirai pour venger ma race16 ». La phrase est donnée comme à l’origine de sa mise à l’écriture notamment en raison de son lien à la mémoire : sa race est faite du monde d’où elle est issue. La phrase occupe un rôle essentiel dans le rapport au monde quitté, à sa mémoire. Nous nous proposons de voir la manière dont la phrase participe de la mise au jour de ce passé social dans les œuvres d’Annie Ernaux ainsi que de Pierre Bergounioux et de Marie-Hélène Lafon, toutes travaillées de cette question de la mémoire et de son expression. Appréhender le rôle de la phrase dans ces récits de mémoire implique d’aller voir, dans une approche externe, au sein de journaux intimes, ou d’écriture, L’Atelier noir, Chantiers, Carnets de notes, les emplois du mot « phrase », les exemples donnés, le lien établi avec la mémoire, pour pouvoir, ensuite, observer ces mêmes aspects dans leurs œuvres, principalement Les Années, Les Derniers Indiens, La Toussaint, et ainsi être à même d’analyser la manière dont la syntaxe, les tiroirs verbaux, l’énonciation, a fortiori la représentation de discours, au-delà de formules, de petites phrases17 , « font mémoire », dans et par la phrase.

Iva NOVAKOVA : « Dans la phrase et au-delà : fonctions et périmètres des motifs phraséologiques dans la littérature contemporaine (à partir des corpus du projet PhraseoRom) »

Cette conférence abordera la problématique de la phrase au sein de différents sous-genres de la littérature contemporaine dans une perspective phraséologique. Après un bref parcours de la notion de phrase à travers les siècles, elle proposera une réflexion conceptuelle et méthodologique sur les fonctions et les périmètres des motifs phraséologiques (Legallois 2012, Longrée & Mellet 2013, Novakova & Siepmann 2020) au sein de la phrase et au-delà – dans la séquence textuelle. En s’appuyant sur une approche guidée par les données (corpus driven), extraites grâce à la méthode « grenobloise » des Arbres Lexico-syntaxiques Récurrents (ALR), la présentation montrera, à travers l’étude de différents cas et d’exemples issus des corpus du projet ANR DFG en SHS Phraséorom que les motifs phraséologiques peuvent jouer un rôle de a) marqueurs génériques (en comparant des sous genres comme les romans policiers, sentimentaux de littérature générale, etc) b) de marqueurs du style d’un auteur (motifs stylistiques d’auteur), c) de marqueurs textuels spécifiques à un roman d’un auteur. L’étude de cette granularité des motifs permettra d’expliciter le lien entre le micro-niveau (celui des récurrences phraséologiques spécifiques) et le macro-niveau (celui du script narratif ou fictionnel) (Novakova et Siepmann 2020 : 10). Enfin, elle comparera, à travers les motifs phraséologiques, le style des auteurs français vs celui des auteurs anglais du XXe s.

Pascale ROUX et Ilaria VIDOTTO : « Les IA ont-elles un style ? »

Depuis que les intelligences artificielles génératives sont perçues, dans le grand public, comme une menace ou, au contraire, un outil miraculeux, on entend régulièrement parler du style de l’IA, décrit tantôt comme aisément reconnaissable, tantôt comme impossible à déceler. Nous souhaitons nous confronter à cette question, en formulant des hypothèses à partir d’un petit corpus généré par différentes IA (deux ou trois), comparé au corpus romanesque PhraseoRom, organisé selon différents genres (fantasy, science-fiction, policier, sentimental, historique, littérature « restreinte ») et dont le Lexicoscope permet la fouille. Le corpus généré par IA sera structuré pour être comparable à celui-ci. Notre poste d’observation sera celui de la phrase ; les observables seront déterminés ultérieurement, selon une démarche corpus driven, mais sans doute parmi les suivants : longueur, ponctuation, structure (simple/complexe, parataxe/hypotaxe, verbale/non verbale), ordre des mots, éléments détachés (catégorie, longueur, place, ponctuation, fonction). Nous nous demanderons si l’on observe des différences entre corpus artificiel et corpus humain, en fonction des genres, mais aussi, peut-être, entre les textes générés par différentes IA. Cette étude exploratoire, sur un très petit corpus, vise moins à produire des résultats qu’à ouvrir des pistes de recherche, à proposer une expérimentation et à problématiser stylistiquement la question.

Bibliographie indicative

  • CLELAND Alexandra A. and PICKERING Martin J., « The use of lexical and syntactic information in language production: Evidence from the priming of noun-phrase structure », Journal of Memory and Language, 49(2):214–230, 2003.
  • DELAHAIE Fiona et RICHARD, Odile (dir.), L’Intelligence artificielle et les arts, Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025.
  • FÜLÖP Erika, « Écrire-avec l’intelligence artificielle, ou l’esthéthique de la sympoïèse », Nouveaux cahiers de Marge, 8/2024, en ligne : https://publications-prairial.fr/marge/index.php ?id =956
  • GEFEN Alexandre (dir.), Créativités artificielles : la littérature et l’art à l’heure de l’intelligence artificielle, Les Presses du réel, Dijon, 2023.
  • GEFEN Alexandre, « Ce que l’intelligence artificielle change à l’art ». Nouvelle revue d’esthétique 33(1), 2024, p.5 9, en ligne.
  • HERBOLD Steffen, HAUTLI-JANISZ Annette, HEUER Ute, KIKTEVA Zlata, and TRAUTSCH Alexander, « A large-scale comparison of human-written versus ChatGPT-generated essays. Scientific Reports », Nature, 13(18617):1–11, 2023, en ligne : https://www.nature.com/articles/s41598-023-45644-9.
  • KOBAK Dmitry, MÁRQUEZ RITA González, HORVÁT Emöke-Ágnes, and Lause Jan, « Delving into ChatGPT usage in academic writing through excess vocabulary », arXiv, 2406.07016:1–13, 2024, en ligne : https://arxiv.org/pdf/2406.07016v1.
  • LEBRUN Tom (2020). « Pour une typologie des œuvres générées par intelligence artificielle », Balisages, n. 1, 2020, en ligne : https://publications-prairial.fr/balisages/index.php ?id =304.
  • MASOURA, Athina et RAGEUL, Anthony. (dir.), L’ère numérique du style. Proteus, n°20, 2023.
  • MORCEL Morgan, « De l’Inattribuable dans l’art – Du Droit à l’IA : « Ceci est de toi » », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.66-78, en ligne.
  • PETITJEAN Anne-Marie, « Que devient la créativité littéraire à l’heure de Chatgpt ? Expérimenter l’intelligence artificielle en Master de création littéraire », Des robots dans la classe, Le Français d’aujourd’hui, 2024/3, n° 226, p. 85-100, en ligne : https://shs.cairn.info/revue-le-francais-aujourd-hui-2024-3-page-85
  • PIGNIER Nicole, « L’énonciation à l’épreuve de l’‘‘I.A.’’. Qu’est-ce qu’énoncer veut dire ? », Interfaces Numériques 2, 2022, en ligne : https://doi.org/10.25965/interfaces-numeriques.4897
  • PIQUE Christophe, « Les technologies numériques au cœur du processus créatif – L’émergence d’un hyperstyle », L’ère numérique du style (dir. A. Masoura et A. Rageul), Proteus, n°20, 2023, p.29-36, en ligne.
  • QUARANTA Jean-Marc, « Intelligence artificielle et création littéraire : expériences et perspectives », L’Intelligence artificielle et les arts (dir. F. Delahaie et O. Richard), Interfaces numériques, vol. 14, n°1, 2025, en ligne.

Claire Stolz : « La notion de phrase chez des écrivains d’aujourd’hui professeurs de lettres : Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon »

La notion de phrase est avant tout grammaticale et scolaire dans l’imaginaire linguistique contemporain. C’est pourquoi il est intéressant d’étudier sa conception chez deux écrivaines d’aujourd’hui, Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon, qui ont en commun d’avoir été portées et révélées à elles-mêmes par l’école, d’avoir suivi de brillants cursus universitaires pour devenir professeure certifiée de lettres modernes pour l’une, agrégée de grammaire pour l’autre, et à ce titre passeuses de grammaire. Si les écrivains non enseignants se soucient peut-être moins de la correction grammaticale enseignée à l’école, les écrivains professeurs de lettres sont forcément influencés par la réflexion théorique sur les notions grammaticales et linguistiques qu’ils ont dû mener pour leurs études et pour leur pratique professionnelle. Dans ce cadre, la notion de phrase est liée intimement à la question de la ponctuation, qu’elle soit utilisée, supprimée ou détournée, la marque délimitant et définissant la phrase dans les grammaires scolaires étant le point ou une ponctuation semi-forte. Les deux autres grandes problématiques scolaires sont celle de la complétude syntaxique et celle de la phrase littéraire dont le marquage serait la complexité et, conséquemment, la longueur et le rythme, voire le souffle : de ce point de vue, les écrivains d’aujourd’hui sont amenés à se situer peu ou prou par rapport aux maîtres de la phrase longue, Marcel Proust et Claude Simon, mais aussi par rapport à l’héritage scolaire des classiques, c’est-à-dire des auteurs étudiés en classe, au premier rang desquels, concernant le travail de la phrase, se trouve Flaubert. Après un rapide récapitulatif des contenus des programmes scolaires de la deuxième moitié du XXe siècle et de leurs aménagements au XXIe siècle, nous étudierons donc ce que nous disent Annie Ernaux et Marie-Hélène Lafon de cet héritage et de leur « vision » (terme particulièrement adapté pour Lafon) de la phrase et de son élaboration.

Pierre-Yves TESTENOIRE : « La phrase au-delà de la grammaire, de Bally à Benveniste en passant par Karcevski »

Dans l’histoire longue du métalangage grammatical, le terme de phrase est relativement récent. Il ne l’intègre véritablement qu’à la fin du XVIIIe au terme d’un processus de « grammaticalisation » bien décrit (Seguin 1993, Raby 2018). La stabilisation de la phrase autour de deux critères principaux –la complétude sémantique et la structure syntaxique – est facilitée par le développement de la grammaire scolaire qui en fait un cadre opportun d’analyse (Chervel 1977). Or, ce statut double de la phrase comme unité sémantique et unité syntaxique pose des problèmes auxquels la linguistique contemporaine n’a cessé de se heurter. L’effort majoritaire des linguistes du XXe siècle – du distributionnalisme au générativisme – a consisté à définir la phrase sur des critères exclusivement syntaxiques. De façon contemporaine, certains linguistes ont développé une acception non syntaxique de la phrase. C’est à ce courant minoritaire que sera consacrée la conférence. On y examinera la conception de la phrase développée par trois linguistes : Charles Bally (1865-1947), Serge Karcevski (1884-1955) et Émile Benveniste (1902-1976). Les trois savants ont en commun d’appréhender la phrase comme une unité discursive et de mobiliser à son sujet le concept d’actualisation.

Références

  • Chervel Yves. 1977. Et il fallut apprendre à écrire à tous les petits français. Histoire de la grammaire scolaire, Paris, Payot, Paris.
  • Raby Valérie. 2018. Les théories de l’énoncé dans la grammaire générale, Lyon, ENS Editions
  • Séguin Jean-Pierre. 1993. L’invention de la phrase au XVIIIe siècle : contribution à l’histoire du sentiment linguistique français, Paris, Éditions Peeters.

Stéphanie Thonnerieux : « Une ‘syntaxe nouvelle’ en poésie : la simplicité selon Reverdy »

Sur fond de disparition de la ponctuation et d’expérimentations spatiales, les années 1910 voient l’émergence d’un désir de simplification syntaxique en poésie, formulé notamment par Apollinaire et Reverdy.
Il s’agit donc d’étudier les formes grammaticales de cette simplification/simplicité en prenant appui essentiellement sur l’oeuvre de Pierre Reverdy qui se fonde sur une pratique syntaxique repensée. En effet, sa phrase ne s’établit pas sur des critères graphiques et intègre plutôt la spatialisation comme mode de liaison ou de segmentation des unités, ce qui pose différemment la question des limites externes de la phrase (et de ses rapports avec le vers). Mais c’est sur le plan interne, celui de la structure phrastique, que l’idée de simplicité prend toute sa mesure. Les unités syntaxiques, qui s’étendent du mot à la phrase, sont plutôt brèves : de tendance simple (au sens grammatical) puisque la succession des constituants prend le pas sur leur hiérarchisation, elles sont aussi bien verbales que non verbales, mais c’est bien la part de la prédication non verbale qui retient l’attention chez Reverdy, avec des structures récurrentes : phrases averbales locatives et existentielles, avec un emploi notable de relatives en prédication seconde. Elles apparaissent en outre en continuité avec les phrases à présentatifs, également remarquables, en particulier en il y a et c’est.
Si ces structures, inégalement présentes en poésie depuis quelques décennies, s’imposent alors, le cas de Reverdy retient l’attention dans la mesure où sa poésie les associe et en intensifie l’usage, mais également parce que ses écrits théoriques en explicitent la valeur : Reverdy cherche à exprimer le mouvement de l’émotion suscitée par l’expérience de la réalité, dans les perceptions et ressentis qu’elle engage, assignant à la poésie un rôle de présentation plus que de représentation de cette réalité dont la phrase elle-même saisit le caractère partiel, instable et évanescent.

Premiers éléments de bibliographie

  • Isabelle Chol, « Cela fait dess(e)in : Pierre Reverdy, poète typographe et calligraphe », dans Jacques Dürrenmatt (dir.), Typographie / Calligraphie, L’Improviste, 2009, p. 191-208.
  • Michel Favriaud, « Les problèmes de ponctuation générale soulevés par la poésie contemporaine », Pratiques, n° 179-180, 2018.
  • Gallet Olivier, « La présentation poétique », Littérature, n° 183, 2016, p. 23-39.
  • Laurent Nicolas, « Les prédications en c’est : une approche systématique », L’Information grammaticale, n° 158, 2018, p. 19-29.
  • Le Goffic Pierre, Grammaire de la phrase française, Paris, Hachette, 1993.
  • Lefeuvre Florence, La Phrase averbale en français, Paris, L’Harmattan, 1999.
  • Monte Michèle, « Noms en emploi prédicatif et nexus dans la poésie de Pierre Reverdy », Verbum, t. XXXVI (2), 2014, p. 421-433.

Hoai Anh TRAN, « La phrase entre norme française et réalités socioculturelles rwandaises : tension linguistique et médiation postcoloniale dans Jacaranda de Gaël Faye »

Publié en 2024, Jacaranda de Gaël Faye prolonge la réflexion sur la mémoire et la langue ouverte dans Petit Pays (2016). Le roman met en scène la cohabitation du français, langue héritée de la colonisation belge, et du kinyarwanda, langue de la mémoire collective, à travers deux voix féminines : Venancia, institutrice attachée à la norme, et Stella, jeune femme en quête d’une parole réconciliée. Cette étude analyse la phrase comme lieu de tension entre norme linguistique française et réalités socioculturelles rwandaises, mais aussi comme espace de médiation postcoloniale.
Mobilisant la sociolinguistique critique (Bourdieu, 1982 ; Balibar, 1985), la stylistique francophone (Philippe, 2021 ; Jollin-Bertocchi, 2006) et la pensée postcoloniale (Fanon, 1952 ; Ngũgĩ wa Thiong’o, 1986), la recherche montre que la syntaxe devient outil d’affirmation identitaire. Chez Venancia, la phrase normative symbolise la soumission grammaticale ; chez Stella, la désobéissance syntaxique fait émerger une langue plurielle et réparatrice.
Ainsi, Jacaranda illustre une « décolonisation de la syntaxe » où le français, loin de se figer, s’ouvre à l’altérité. La phrase, transformée en lieu de mémoire et de résistance, devient instrument de réconciliation linguistique et culturelle.

Bibliographie

  • Balibar, R. (1985). « L’institution du français : Essai sur le colinguisme des Carolingiens à la République ». Paris : Presses Universitaires de France.
  • Bourdieu, P. (1982). « Ce que parler veut dire : L’économie des échanges linguistiques ». Paris : Fayard.
  • Fanon, F. (1952). « Peau noire, masques blancs ». Paris : Seuil.
  • Jollin-Bertocchi, S. (2006). « Stylistique et francophonie : hybridité linguistique et créativité textuelle ». Paris : L’Harmattan.
  • Ngũgĩ wa Thiong’o. (1986). « Decolonising the Mind: The Politics of Language in African Literature ». Londres : Heinemann.
  • Philippe, G. (2021). « La langue littéraire : Une histoire de la prose en France de Gustave Flaubert à Claude Simon ». Paris : Seuil.
  • Seguin, J.-P. (1993). « La langue française et la République ». Paris : CNRS Éditions.
  • Faye, G. (2024). « Jacaranda ». Paris : Grasset.
  • Faye, G. (2016). « Petit Pays ». Paris : Grasset.
  • Mukasonga, S. (2012). « Notre-Dame du Nil ». Paris : Gallimard.
  • Kourouma, A. (2000). « Allah n’est pas obligé ». Paris : Seuil.
  • Calvet, L.-J. (1974). « Linguistique et colonialisme : petit traité de glottophagie ». Paris : Payot.
  • Chardenet, P. (2007). La francophonie et ses normes : enjeux politiques et linguistiques.
  • « Revue française de linguistique appliquée », 12(2), 95–108.
  • Halen, P. (2015). Francophonie, langue et postcolonialité. « Itinéraires », (2015-2).

Sandrine Vaudrey-Luigi : « Dire le temps, dire le monde : la phrase kerangalienne »

Longue, très longue, la phrase kerangalienne semble paradoxalement relever d’une forme de fluidité, de mouvements internes de relance qui en assurent la cohésion au niveau local et pérennisent plus globalement sa lisibilité. Véritable signature stylistique, la phrase informe – au sens étymologique du terme – le temps et l’espace et devient le lieu même de l’expérience phénoménologique. De ce fait, si l’analyse de la phrase kerangalienne relève d’observatoires langagiers conventionnels, avec l’ordre des mots, notamment la postposition du sujet, le jeu sur les inserts, les segments en position détachée, le travail sur la ponctuation avec une place de choix accordée au point-virgule, la prégnance de la parataxe ou encore parfois la présence de constituants hétérogènes, ces derniers fondent leur unité dans un ancrage descriptif incarnant la manifestation du réel.

Bibliographie indicative

  • Bikialo Stéphane & Rault Julien dir., Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015
  • Bonazzi Mathilde, Narjoux Cécile & Serça Isabelle dir., La langue de Maylis de Kerangal, Éditions universitaires de Dijon, 2017
  • Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009.
  • Fuchs Catherine, « La postposition du sujet nominal : paramètres linguistiques et effets stylistiques », Fontvieille-Cordani Agnès & Thonnerieux Stéphanie dir., L’ordre des mots à la lecture des textes, Presses Universitaires de Lyon, 2009, p. 27-44.
    —« Locatif spatial initial et position du sujet nominal : pour une approche topologique de la construction de l’énoncé », Lingvisticæ Investigationes, Volume 29, 2006, p. 61-74.
  • Jeandillou Jean-François & Magné Bernard dir., L’ordre des mots, Semen, n°19, 2005.
  • Legallois Dominique, François Jacques, « Définition et illustration de la notion d’expressivité en linguistique », Relations, Connexions, Dépendances. Hommage au Professeur Claude Guimier, Le Querler Nicole, Neveu Franck & Roussel Emmanuelle, dir., collection « Rivages linguistiques », Presses Universitaires de Rennes, 2012, p. 197-22.
  • Neveu Franck, « Quelle syntaxe pour l’apposition ? Les types d’appariement des appositions frontales et la continuité », Langue française, « Nouvelles recherches sur l’apposition », n°125, 2000, p. 106-124.
  • Serça isabelle, « “La ponctuation est l’anatomie du langage” Maylis de Kerangal », Bikialo Stéphane & Rault Julien, Imaginaires de la ponctuation dans le discours littéraire (fin XIXe – début XXIe siècle), Littératures, n°72, 2015.
    —, « Le sentiment de la phrase : Langue, style, littérature au XXIe siècle : Millet, Kerangal, Michon, Goux, Laurichesse, Mingarelli, Ernaux », Géographie sensible, Littératures, n°89, 2024.

Marie-Albane WATINE : « La phrase littéraire comme exercice procédural : que peut apporter la psycholinguistique à une description de la phrase contemporaine ? »

De nombreux écrivains contemporains évoquent le rapport de leur phrase au temps, de Claude Simon qui dit chercher une phrase qui exprime la simultanéité des perceptions à Maylis de Kerangal qui dit prendre en compte avant tout la vitesse de la phrase, et travailler à la ralentir ou l’accélérer (Gautier et Watine 2020, Vaudrey-Luigi 2023). Loin de la spatialisation qu’implique l’analyse syntaxique (Le Goffic et Fuchs 2011) ou plus largement structurale (Baroni 2007), cet imaginaire de la phrase (Wulf à paraître) appelle à des modèles d’analyse propres à intégrer la dimension temporelle de l’acte de lecture – on pense notamment à l’article programmatique de Laurent Jenny de 1991, qui décrit la phrase comme un champ formel tendu entre mémorisation et anticipation, « où se jouent les apories de la temporalité humaine » – mais l’article n’aura pas de suite applicative, faute d’outils théoriques adaptés à une telle description.
Aujourd’hui, outre les modèles de la macrosyntaxe qui se penchent sur des questions de projection et d’attente (Béguelin et Corminboeuf), c’est l’apport récent des sciences cognitives, et en particulier de la psycholinguistique de la lecture (Gibson 2000, Ferreira & Qiu 2021, Futrell et al. 2021) qui nous semble propre à fournir, au prix de certaines adaptations, les outils descriptifs appropriés pour une description de la phrase en tant qu’elle est aussi exercice procédural, se déroulant séquentiellement dans le temps (Gautier et Watine 2021). Ces approches, en modélisant les phénomènes de prédiction et de mémorisation, permettent de décrire autrement la phrase longue, et notamment de distinguer différents types de complexité, qui engagent à leur tour la définition de types d’unités de lecture, non congruentes avec celles de la syntaxe.
Nous nous proposons de montrer comment, dans deux textes contemporains dont on soulignera les proximités et les différences en termes d’imaginaire de la phrase (Le Tramway de Claude Simon et Rosie Carpe de Marie NDiaye), ces unités de lecture définies par la prévision et la mémorisation peuvent participer aux phénomènes de représentation du temps, mais aussi accompagner différents types de texte (description, narration…) et instruire différents types de représentations cognitives.

Bibliographie

  • Baroni, Raphaël (2007), La Tension narrative, Paris, Seuil, coll. « Poétique », 2007.
  • Béguelin Marie-José, Corminboeuf Gilles (2016), « Phénomènes d’attente et de projection : Présentation », Langue française n° 192, p. 5-14.
  • Ferreira, Fernanda, & Qiu, Zhuang (2021), “Predicting syntactic structure”, Brain Research, 1770.
  • Richard Futrell, Roger P. Levy, Edward Gibson (2020), “Dependency locality as an explanatory principle for word order”, Language, Volume 96-2, pp. 371-412.
  • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2020), « Entre pratiques standardisée et innovations : XX et XXIe siècles », G. Siouffi (dir.), Une histoire de la phrase française. Des Serments de Strasbourg aux écritures numériques, Paris, Actes Sud.
  • Gautier Antoine et Watine Marie-Albane (2021), « Une approche psycholinguistique des figures de construction : Présentation », L’information grammaticale, 169, pp.3-13.
  • Jenny, Laurent (1989), « La phrase et l’expérience du temps », Poétique n°79, p. 277-286.
  • Le Goffic Pierre, Fuchs Catherine (2011), « L’hyperbate est-elle toujours à droite ? » in A-M. Paillet & C. Stolz, L’hyperbate aux frontières de la phrase, Presses de l’Université Paris-Sorbonne, p. 89-102.
  • Vaudrey-Luigi Sandrine (2023), « Ordre des mots et expérimentations linguistiques dans la prose de Maylis de Kerangal », intervention au laboratoire BCL (UMR 7320), Université Côte d’Azur/CNRS, 22 juin 2023.
  • Wulf, Judith (à paraitre), Style et imaginaires de la langue, Actes du 5e colloque de l’AIS, Université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis, 2022.

Ilias YOCARIS : « Une restructuration de la phrase traditionnelle : style et syntaxe dans l’œuvre de Claude Simon »

À rebours des stéréotypes véhiculés par une critique journalistique tapageusement rétrograde (cf. p. ex. Rinaldi 1985), encore assez répandus de nos jours, la syntaxe simonienne ne vise pas à détruire ou à défigurer la phrase traditionnelle : si elle a une dimension manifestement très transgressive, du fait que Simon entend se démarquer des formes narratives et phrastiques « classiques », il s’agit en fait non pas de déstructurer mais de restructurer celles-ci, afin de faire découvrir au lecteur « un ordre jusque-là inouï » (Zemmour 2008 : 340) essentiellement axé sur l’indétermination sous toutes ses formes. En effet, les dispositifs syntaxiques extrêmement sophistiqués mis en place dans les romans simoniens visent à créer (cf. Yocaris 2008) une somme d’objets verbaux non réductibles à une segmentation du type cartésien en représentations « claires et distinctes » : ceux-ci sont homomorphes aux constituants de base d’un monde dépourvu de toute transcendance, intégralement gouverné par le hasard et caractérisé à ce titre par une incertitude ontologique et épistémique intrinsèque (cf. p. ex. Yocaris 2006 : 217-219). Dès lors, sans disparaître tout à fait, la « phrase » traditionnelle se voit supplantée par des dispositifs articulés autour de « clauses » et de « périodes » berrendonneriennes (cf. Berrendonner & Reichler-Béguelin 1989, Berrendonner 1990, 2002), au sein desquels elle devient un cas limite. La complexe interpénétration d’une syntaxe (plus ou moins) classique et d’une syntaxe clausale/périodique engendre comme nous allons le montrer quatre traits fonctionnels majeurs :

  • (i) Hybridation et articulation transgressive (emploi déviant des connecteurs syntaxiques, connexions syntaxiques adventives, variabilité de la règle grammaticale).
  • (ii) Décentrement et dé-hiérarchisation (effacement ponctuel des verbes conjugués et des marqueurs d’embrayage, autonomisation d’éléments syntaxiquement régis, transformation de certains subordonnants en connecteurs d’énoncés autonomes).
  • (iii) Dépassement de la linéarité discursive (syntagmatisation du paradigmatique, réticulations clausales, décliticisations, constructions louches).
  • (iv) Ambiguïté (segmentations floues, hiérarchisations syntaxiques réversibles, emploi ambigu des formes en -ANT, anamorphoses syntaxico-énonciatives).

Références bibliographiques

  • Badiou-Monferran, Claire (2020) : « Complexité syntaxique : les deux régimes, classique et moderne, du diasystème simonien », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 295-307.
  • Berrendonner, Alain & Reichler-Béguelin, Marie-José (1989) : « Décalages : les niveaux de l’analyse linguistique », Langue française, 81, p. 99-125.
  • Berrendonner, Alain (1990) : « Pour une macro-syntaxe », Travaux de linguistique, 21, p. 25-36.
    ― (2002) : « Les deux syntaxes », Verbum, 24 (1-2), p. 23-36.
  • Berthomieu, Gérard (1997-1998) : Cours d’agrégation sur La Route des Flandres, inédit.
  • Blanche-Benveniste, Claire & Jeanjean, Colette (1987) : Le Français parlé : transcription et édition, Paris, Didier, coll. « Publications du trésor général des langues et parlers français ».
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  • Deleuze, Gilles (1969) : Logique du sens, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
  • Deleuze, Gilles & Guattari, Félix (1980) : Mille plateaux, Paris, Minuit, coll. « Critique ».
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  • Grize, Jean-Blaise (1996) : Logique naturelle et communications, Paris, PUF, coll. « Psychologie sociale ».
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    • (1960b) : « Entretien avec Claude Simon », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 491, 10 novembre 1960, p. 30-31.
    • (1962) : « Entretien. Claude Simon parle », entretien avec Madeleine Chapsal, L’Express, 564, 5 avril 1962, p. 32-33.
    • (1972) : « La fiction mot à mot », in Ricardou & van Rossum-Guyon dirs 1972 : 73-97 (suivi d’une discussion, p. 99-116).
    • (1977) : « Un homme traversé par le travail », entretien avec Alain Poirson et Jean-Paul Goux, La Nouvelle Critique, 105, p. 32-44.
    • (1979) : « Entretien avec Jo Van Apeldoorn et Charles Grivel, 17 avril 1979, de Claude Simon », in Charles Grivel dir., Écriture de la religion : écriture du roman. Textes réunis par Charles Grivel. Mélanges d’histoire de la littérature et de critique offerts à Joseph Tans, Groningen/Lille, Centre Culturel Français de Groningen/Presses Universitaires de Lille, p. 87-107.
    • (1986) : « Claude Simon », in Lois Oppenheim dir., Three Decades of the French New Novel, Urbana, University of Illinois Press, p. 71-86.
    • (2006) : Œuvres, tome I, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
    • (2012) : « L’absente de tous bouquets » [conférence inédite de 1982], in Quatre conférences, Paris, Minuit, p. 39-71.
    • (2013) : Œuvres, tome II, Paris, Gallimard, coll. « Bibliothèque de la Pléiade ».
  • Vallespir, Mathilde (2020) : « Complexité perceptive chez Claude Simon : instabilité référentielle et multistabilité dans La Chevelure de Bérénice », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 112-131.
  • Vaudrey-Luigi, Sandrine (2020) : « Complexité et belle langue dans L’Herbe de Claude Simon », in Watine, Yocaris & Zemmour dirs 2020 : 309-321.
  • Watine, Marie-Albane (2014) : « Prévisibilité phrastique et style parlé chez Céline », in Laure Himy, Jean-François Castille & Laurence Bougault dirs, Le Style découpeur de réel. Faits de langue, effets de style, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, p. 303-313.
  • Watine, Marie-Albane, Yocaris, Ilias & Zemmour, David dirs (2020) : Claude Simon, une expérience de la complexité, Paris, Classiques Garnier, coll. « Rencontres ».
  • Yocaris, Ilias (2002) : L’Impossible totalité. Une étude de la complexité dans l’œuvre de Claude Simon, Toronto, Paratexte.
    • (2006) : « Une poétique de l’indétermination : style et syntaxe dans La Route des Flandres », Poétique, 146, p. 217-235.
    • (2008) : « Style et référence : le concept goodmanien d’exemplification », Poétique, 154, p. 225-248.
    • (2016) : Style et semiosis littéraire, Paris, Garnier, coll. « Investigations stylistiques ».
    • (2021) : « L’impact des figures de construction phrastiques dans La Route des Flandres », in Marie-Albane Watine & Antoine Gautier dirs, Psycholinguistique et figures de construction, L’Information grammaticale, 169, p. 30-38.
    • (2024) : « Le raidillon aux aubépines : multistabilité et objets contextuels dans La Bataille de Pharsale », in Jean-Yves Laurichesse dir., Claude Simon 9. Le Rire de Claude Simon, Paris, Classiques Garnier, coll. « La Revue des Lettres Modernes », p. 175-237.
  • Yocaris, Ilias & Zemmour, David (2010) : « Vers une écriture rhizomatique : style et syntaxe dans La Bataille de Pharsale », Semiotica, 181, p. 283-312.
    • (2013) : « Qu’est-ce qu’une fiction cubiste ? La « construction textuelle du point de vue » dans L’Herbe et La Route des Flandres », Semiotica, 195, p. 1-44.
  • Zemmour, David (1998) : « Le participe présent dans La Route des Flandres : écriture du souvenir et quête de l’instant », L’Information Grammaticale, 76, p. 42-45.
    • (2008) : Une syntaxe du sensible : Claude Simon et l’écriture de la perception, Paris, Presses Universitaires de Paris-Sorbonne, coll. « Travaux de stylistique et de linguistique françaises / Bibliothèque des styles ».
  1. Louise Chennevière, Pour Britney, P.O.L., 2024, p. 33. ↩︎
  2. Clémence Rose a plus particulièrement travaillé sur Pour Britney et Stéphane Chaudier sur Mausolée (le second roman de Louise Chennevière, paru en 2021). Dans les podcasts de la librairie « Ombres Blanches » (Toulouse) Louise Chennevière analyse l’évolution de sa pratique ; selon elle, la ponctuation de Comme la chienne serait plus assertive à cause des deux points ; dans Pour Britney, les virgules traduisent le rythme et la fragilité de la pensée ; l’autrice ferait ainsi ressentir la peur et le désir de ne pas perdre le fil de ses idées. ↩︎
  3. Caecilia Ternisien, « Approche de la phrase de Mandiargues dans “Mil neuf cent trente-trois” », Poétique, n° 172, novembre 2012, Seuil, p. 457. ↩︎
  4. Voir Marie-Albane Watine, « De la sous-programmation à la multi-programmation. Deux modèles de la phrase gionienne », dans Jean Giono. Une poétique de la figuration, Gérard Berthomieu et Sophie Milcent-Lawson (dir.), Classiques Garnier, 2020, p. 295. ↩︎
  5. Voir Gilles Philippe, Sujet, verbe, complément. Le moment grammatical de la littérature française 1890-1940, Gallimard, 2002, p. 10 ↩︎
  6. Hélène Cixous, « Le rire de la Méduse », L’Arc, no 61, 1975, pp. 39-54. ↩︎
  7. Monique Wittig, La pensée straight, Nouvelles Questions Féministes & Questions Féministes, t. 7, février 1980. ↩︎
  8. A. Turbiau, A. Lachkar, C. Islert, M. Berthier, A. Antolin, Écrire à l’encre violette, Littératures lesbiennes en France de 1900 à nos jours, Paris, Le Cavalier bleu, 2025. ↩︎
  9. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française,  Arles, Actes Sud, 2020 , p.297 ↩︎
  10. Olivier Belin, René Char et le surréalisme, Paris, Classique Garnier,  2011 ↩︎
  11. (dir) Gilles Siouffi Histoire de la phrase française, p.294 ↩︎
  12. Leclair, Danièle, Là où brûle la poésie, Lonrai, Aden « Le cercle des poètes disparus », 2007, p.255. ↩︎
  13. France Huser, Les rendez-vous de l’Isle-sur-la-Sorgue, Paris, arléa, 2026 p.57–58. ↩︎
  14. Maurice Blanchot, L’Entretien infini, Paris, Gallimard, 1969, p. 453. ↩︎
  15. « Par où commencer ? Cette question, je me la suis posée des dizaines de fois devant la page blanche. Comme s’il me fallait trouver la phrase, la seule, qui me permettra d’entrer dans l’écriture du livre et lèvera d’un seul coup tous les doutes. […] Cette phrase, je n’ai pas besoin de la chercher loin. […] Elle a été écrite il y a soixante ans dans mon journal intime. J’écrirai pour venger ma race. Elle faisait écho au cri de Rimbaud : “Je suis de race inférieure de toute éternité.” », Annie Ernaux, « Conférence Nobel », NobelPrize.org, URL : https://www.nobelprize.org/prizes/literature/2022/ernaux/201000-nobel-lecture-french/ [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎
  16. « Quand j’ai commencé de vouloir écrire, à vingt ans, j’espérais, certes, comme on dit ”faire œuvre d’art” […], mais ce n’est pas ce que j’ai noté spontanément, naïvement – c’est-à-dire naturellement – sur une page de cahier. C’est : “J’écrirai pour venger ma race” (la substitution de “race” à “classe” n’étant pas un hasard, une étourderie). », Annie Ernaux, « Littérature et politique », dans Écrire la vie, Paris, « Quarto », [1re éd. 1989] 2008, p. 549-551, p. 550. ↩︎
  17. Benoît Monginot, « Nous n’avons que des formules et elles ne sont pas à nous : devenir (des) formules dans Les Années d’Annie Ernaux », dans Fabula-LhT, n° 30, « La Littérature en formules », dir. Olivier Belin, Anne-Claire Bello et Luciana Radut-Gaghi, 2023. DOI : https://doi.org/10.58282/lht.3823. [consulté le 1er décembre 2025] ↩︎

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